Prorogation de la suspension de la cause de dissolution pour pertes jusqu’en 2026

Table des Matières
Le Bulletin officiel de l’État espagnol (BOE) du 24 décembre 2025 a publié une nouvelle prolongation du régime exceptionnel lié à la cause légale de dissolution pour pertes, par le biais de la quatrième disposition additionnelle, qui a de nouveau une incidence directe sur l’interprétation et l’application de l’article 363.1.e) du texte refondu de la Loi sur les sociétés de capitaux (LSC).
Concrètement, cette prolongation implique que l’exclusion des pertes correspondant aux exercices 2020 et 2021 aux fins de déterminer l’existence d’un motif de dissolution pour déséquilibre patrimonial est reportée jusqu’à la clôture de l’exercice débutant en 2026.
Portée juridique de l’exclusion de pertes
Selon l’article 363.1.e), de la Loi sur les sociétés de capitaux, il existe un motif légal de dissolution lorsque les pertes réduisent le patrimoine net à un montant inférieur à la moitié du capital social, sauf si celui-ci est augmenté ou réduit dans une mesure suffisante.
La nouvelle disposition publiée précise que, exclusivement à ces fins, les pertes des exercices 2020 et 2021 ne seront pas prises en compte jusqu’à la clôture de l’exercice débutant en 2026. Il s’agit donc d’une exclusion limitée, qui n’élimine pas ces pertes des états financiers, mais empêche qu’elles déclenchent automatiquement la cause légale de dissolution.
D’un point de vue comptable et sociétaire, cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’approche adoptée après la pandémie, afin d’éviter que des circonstances économiques exceptionnelles passées continuent d’avoir des effets juridiques structurels sur des sociétés qui, dans de nombreux cas, ont retrouvé leur activité et leur capacité opérationnelle.
Limites de suspension et devoirs des administrateurs
Toutefois, cette prolongation ne doit pas être interprétée comme un assouplissement général du régime de responsabilité des administrateurs ni comme une exonération indéfinie de l’obligation de réagir face à des situations de déséquilibre patrimonial.
La norme est claire lorsqu’elle établit que, si l’on choisit d’exclure les pertes correspondant aux exercices 2020 et 2021, et que les résultats des exercices 2022, 2023, 2024, 2025 ou 2026 génèrent des pertes qui réduisent les capitaux propres à moins de la moitié du capital social, la cause de dissolution sera considérée comme effectivement concurrente.
Dans ce cas, les administrateurs doivent :
-Convoquer une Assemblée générale dans un délai de deux mois à compter de la clôture de l’exercice, conformément à l’article 365 LSC, afin de décider de la dissolution ; ou
-Adopter des mesures suffisantes pour rééquilibrer le patrimoine (augmentation ou réduction du capital, entre autres).
Rappelons également que tout associé peut demander la convocation de l’assemblée si les administrateurs n’agissent pas, avec les implications qui en découlent en matière de responsabilité.
Incidences pratiques sur la formulation des comptes
Du point de vue de l’information financière, cette prorogation exige une attention particulière dans l’évaluation du principe de l’entreprise en activité et dans l’explication correcte de la situation patrimoniale dans le rapport annuel.
Même si certaines pertes ne sont pas comptabilisées aux fins de la société, elles existent toujours en comptabilité. Il est conseillé de les commenter expressément, ainsi qu’une explication claire du cadre juridique applicable et des mesures prévues par la société pour rétablir l’équilibre patrimonial.
De même, l’exclusion juridique ne doit en aucun cas être confondue avec une amélioration automatique de la solvabilité réelle de l’entreprise. Il est donc essentiel de faire la distinction entre viabilité juridique et situation économique et financière effective, distinction qui suscite souvent des doutes dans la pratique.
Une prorogation clairement transitoire
La prorogation jusqu’en 2026 confirme le caractère temporaire et exceptionnel de la mesure. Le législateur semble choisir, une fois de plus, de maintenir un certain équilibre entre la protection du tissu économique et la nécessité de préserver les principes de capitalisation minimum, de discipline corporative et de protection des créanciers.
Sous réserve de nouvelles prorogations, l’exercice commençant en 2026 marquera le retour définitif au régime ordinaire de calcul des pertes aux fins de dissolution, ce qui rend particulièrement recommandable que la direction financière des sociétés anticipe les scénarios et planifie suffisamment à l’avance les mesures d’assainissement nécessaires pour rétablir l’équilibre patrimonial.