TVA intragroupe : principales nouveautés

La récente résolution de la Direction générale des impôts (consultation V2212-25, du 18 novembre 2025) clarifie des aspects essentiels du traitement des services fournis entre une succursale espagnole et son siège italien, qui fait partie d’un « groupe TVA » en Italie, et son impact sur le prorata de déduction.

La question soulevée par une banque multinationale porte sur une situation courante dans les groupes internationaux : une succursale espagnole fournit des services de conseil à son siège social en Italie, qui fait partie d’un groupe TVA dans ce pays. Dans ce cas, il est demandé si ces opérations doivent être soumises à la TVA espagnole, si l’application du système d’autoliquidation doit être appliquée et si elles doivent être incluses dans le prorata de déduction de la succursale espagnole.

La DGT commence par rappeler que tant la succursale espagnole que la société mère italienne ont le statut d’entrepreneurs ou de professionnels aux fins de la TVA. Par conséquent, en principe, les transactions entre les deux sociétés pourraient être soumises à la TVA. Toutefois, l’arrêt aborde la doctrine de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), en particulier l’évolution depuis l’affaire FCE Bank, dans laquelle les opérations entre la succursale et la société mère n’étaient pas soumises à la TVA car elles étaient considérées comme un seul assujetti, jusqu’aux affaires Skandia et Danske Bank.

Dans ces derniers cas, la CJUE a précisé que, lorsque l’une des parties (la société mère ou la succursale) fait partie d’un groupe TVA dans un État membre, la relation entre les deux est considérée comme étant établie entre des assujettis distincts, ce qui implique que les opérations peuvent être soumises à la TVA.  Dans ce contexte, la DGT conclut que, dans l’affaire consultée, l’intégration de la société mère italienne dans un groupe TVA implique que les transactions entre la succursale espagnole et la société mère doivent être considérées comme étant effectuées entre des entités indépendantes aux fins de la TVA.

La question clé réside dans le lieu du fait générateur de la taxe.  Conformément à l’article 69 de la loi sur la TVA, les services de conseil fournis par la succursale espagnole à la société mère italienne ne sont pas considérés comme étant fournis sur le territoire d’application de la taxe, étant donné que le bénéficiaire (la société mère) est établi en Italie. Cela implique que ces services ne seront pas soumis à la TVA espagnole.

Bien que les services fournis à la société mère italienne ne soient pas soumis à la TVA espagnole, la DGT précise que ces opérations doivent être incluses dans le calcul du prorata de déduction de la succursale espagnole. En effet, la loi sur la TVA exige que, tant dans le numérateur que dans le dénominateur du prorata, soient prises en compte les opérations qui donneraient droit à déduction si elles avaient été effectuées sur le territoire d’application de la taxe. En d’autres termes, une transaction intragroupe reste pertinente pour le calcul de la déduction si la société mère fait partie du groupe TVA et il n’est plus si important de préciser si l’entité effectue les transactions avec un degré suffisant d’autonomie et d’indépendance. Le critère de jugement de la CJUE Morgan Stanley ne s’appliquerait pas au calcul du prorata.

La résolution de la DGT établit les points clés suivants :

– Les transactions entre la succursale espagnole et la société mère italienne, (qui fait partie d’un groupe TVA en Italie), devraient être considérées comme étant effectuées entre assujettis indépendants aux fins de la TVA.

– Les services de conseil fournis par la succursale espagnole à la société mère italienne ne sont pas soumis à la TVA espagnole en raison de la règle de localisation du fait générateur.

– Bien que ces transactions ne soient pas soumises à la TVA espagnole, elles doivent être incluses dans la déduction au prorata de la succursale espagnole.

Pour les entreprises, cela implique la nécessité de revoir et d’adapter leurs procédures internes de facturation et de déduction de la TVA dans les transactions internationales intragroupe. Il est essentiel de s’assurer que ces opérations soient correctement prises en compte dans le calcul du prorata et que les documents appropriés soient disponibles pour justifier leur inclusion auprès de l’administration fiscale.

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