TVA et défauts de paiement : les exigences en matière de TVA n’enfreignent pas le droit de l’UE

VAT and non-payment: VAT requirements do not violate EU law

En mars 2025, la Cour suprême s’est prononcée, dans son arrêt n° 371/2025, sur la compatibilité entre la législation espagnole modifiant la base imposable de la TVA en cas de défauts de paiement et le cadre juridique établi par le droit de l’Union européenne.  La Haute Cour analyse si la perte du droit à une telle réduction en raison du non-respect des exigences de forme viole les articles 90.1 et 273 de la Directive 2006/112/CE du Conseil – dite directive TVA – ainsi que le principe de neutralité fiscale.

 

L’article 80 de la loi sur la TVA prévoit deux cas dans lesquels une réduction de la base imposable est autorisée : lorsque le débiteur a été déclaré en faillite après l’accumulation de la taxe et lorsque les créances deviennent totalement ou partiellement irrécouvrables. Dans ce dernier cas, certaines conditions doivent être remplies : un an au moins doit s’être écoulé depuis l’exigibilité de la taxe sans qu’elle ait été perçue et la perception doit avoir été réclamée par des moyens fiables (par voie d’injonction notariale ou judiciaire). Cette modification doit être effectuée dans les six mois suivant la réalisation des conditions d’irrécouvrabilité, avec une limite totale de 18 mois à compter de la régularisation.

 

Au cœur du débat juridique se pose la question de savoir si ces exigences, en particulier les délais et les formalités de preuve, impliquent une restriction injustifiée du droit de l’assujetti à récupérer la TVA qui n’a pas été perçue, en violation de l’article 90 de la Directive, qui permet de réduire la base imposable lorsque le paiement n’a pas été perçu en tout ou en partie. La Cour suprême considère toutefois qu’il n’y a pas eu violation de ce type. Et souligne que l’article 273 de la Directive elle-même donne aux États membres une marge d’appréciation pour établir les conditions formelles nécessaires pour assurer la perception effective de la taxe et prévenir la fraude.

 

Dans ce contexte, la haute Cour souligne que les formalités imposées par le droit espagnol – telles qu’une preuve fiable de l’envoi de la facture ou la nécessité d’agir dans un délai déterminé -, loin d’être de simples formalités, constituent une garantie nécessaire. Ce sont des mécanismes qui permettent de vérifier qu’il y a effectivement eu défauts de paiement et situation réelle d’irrécouvrabilité. En outre, l’objectif est de protéger le principe de neutralité fiscale, en évitant que l’entrepreneur supporte un coût fiscal pour les quotas de TVA qu’il n’a pas perçus, sans que cela ne conduise à un enrichissement sans cause de l’administration.

 

En résumé, la Cour suprême renforce la légitimité du cadre réglementaire espagnol relatif à la modification de la base d’imposition de la TVA en cas de défauts de paiement, loin d’enfreindre le droit de l’Union européenne. La réglementation nationale est non seulement conforme aux principes d’équivalence et d’efficacité exigés par la CJUE, mais elle articule également un système équilibré entre les droits du contribuable et la nécessité d’assurer le contrôle et l’intégrité du système fiscal.

 

Auteur : Andrea Fernández (fiscal)

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